D. Les robots vont-ils nous voler nos emplois ?

“Enfin, puisque la majeure partie de ce que j’ai écrit sur le commerce international constitue une offensive destinée à démystifier l’idée selon laquelle notre avenir économique dépendrait de l’issue d’une sorte de conflit compétitif, il fallait aussi que je donne mon opinion sur ce que je crois être en train d’arriver. La réponse tient en un mot : c’est le progrès technique qui est au cœur du problème, pas la compétition entre pays.1 »
Paul Krugman (Prix Nobel d’économie), La mondialisation n’est pas coupable

« L’univers a pris de plus en plus la figure d’une usine immense et unique dont tous les rouages concourent à une même fin »
Léon Blum2, Pour être socialiste

La technique a engendré une grande augmentation de la productivité tout en supprimant de nombreux emplois ; partager équitablement les gains de la productivité constitue dès lors l’un des défis majeurs du XXIème siècle. Les robots sont aujourd’hui encore souvent vu d’un mauvais œil. Ainsi, d’après un sondage publié par la commission européenne, 74 % des français « pensent que les robots volent le travail des gens », à peine plus que le moyenne européenne, qui partage à 70 % cet avis3. On le comprend, la dernière étude de la très prestigieuse universidé d’Oxford, sortie en 2013 dénombre pas moins de 47 % des emplois américains mis directement en danger par le développement des machines intelligentes, et ce d’ici à seulement vingt ans4. Le remplacement des caissièr(e)s par des caisses automatiques dans nos supermarchés illustre bien la tension entre robots et travailleurs. C’est un travail peu qualifié, mal payé. Dans le même temps, les caisses automatiques sont plus efficientes, moins cher. Un parallèle peut être fait avec les distributeurs automatiques pour retirer de l’argent. Ils sont rapides, ouvert en permanence. La même bataille les opposaient aux guichetiers de banques. Lentement, mais sûrement, les distributeurs se sont généralisés parce qu’ils étaient plus rapides, plus pratiques, et plus efficaces. Aujourd’hui, le distributeur automatique s’impose comme un choix naturel. Il en sera de même avec les caisses automatiques. L’ensemble du secteur des transports, et bien d’autres emplois. Voir ce remplacement comme un danger, c’est révéler la nature profondément inadaptée de notre structure sociétale face au progrès technologique. Pourtant, ce dernier est au cœur même du capitalisme.

Le travail, qu’est-ce que c’est ?

« Travail mauvais qui prend l’âge tendre en sa serre,
Qui produit la richesse en créant la misère »
Victor Hugo, Melancholia

S’interroger sur l’arrivée des robots, c’est avant tout s’interroger sur la nature même du travail. Lars Svendsen, professeur de philosophie à l’université Bergen s’est spécialisé sur le sujet de travail. Il explique :

“Le travail a presque toujours eu mauvaise réputation, il fallait tout faire pour l’éviter. Alors qu’aujourd’hui, on a tendance à voir le travail comme ce qui devrait donner un sens à nos vies. Si l’on regarde de plus près l’étymologie du mot travail dans les différentes langues, le tableau est plutôt sombre. Généralement les racines communes sont ‘corvées’, ‘souffrances’, ‘tourments’.. Mon préféré est sans doute le français travail du latin tripalium qui désignait un instrument de torture [à trois poutres]. L’allemand arbeit renvoie à la notion de souffrance, et d’adversité. Le grec ponos signifie « douleur ». L’hébreu avoda a la même racine qu’eved, esclave. Bref, rien de très réjouissant. La durée du temps de travail a considérablement varié à travers les âges. Si on observe les sociétés de chasseur-cueilleurs, on peut dire qu’ils travaillaient très peu. Par exemple les Papous, deux jours par semaine ; les Bushmens, quinze heures par semaine ; les aborigènes d’Australie, quatre heures par jour, tout au plus. Les grecs et les romains travaillent environ six mois par an. Dans la Rome antique, 175 jours de l’année étaient consacrés aux festivités, aux divertissements. C’est à se demander comment ils arrivaient à accomplir quoi que ce soit. Pour les philosophes grecs et surtout pour Aristote, le travail était incompatible avec le bonheur. Il le voyait comme quelque chose de destructeur. Pour lui, on ne pouvait être heureux que dans l’oisiveté, la scholê. Il considérait l’idée de travail comme totalement incompatible avec l’épanouissement personnel.5

Ce sont les protestants et Luther qui changent cette vision historique du travail. Ce sont eux qui lui demande un rôle presque mythique.

Dans cette conception religieuse de la société, le travail n’est plus un moyen pour atteindre une fin, mais constitue le but en lui-même. Tous les loisirs sont vus comme nocifs, et dès lors, le travail constitue la seule raison de l’existence. Dans L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme, Max Weber écrit :

“Le travail sans relâche dans un métier est expressément recommandé comme le meilleur outil pour arriver à la confiance en soi. Cela, et cela seul, dissipe le doute religieux et donne la certitude de la grâce.6

Dans le même temps, la division du travail s’est accrue, vidant graduellement de nombreux emplois de leur sens. C’est à Frederic W. Taylor que l’on doit cette évolution. Avec la division scientifique du travail, on produit plus, plus vite. Les biens se démultiplient, mais dans le même temps, beaucoup de travailleurs ont un emploi répétitif, impersonnel. La conjonction de ces deux phénomènes distincts entrainent progressivement une société à deux vitesses. Il y a deux types de travail. Celui que l’on a voulu, choisi, et celui que l’on subit. Trop souvent, les décideurs ont un travail intéressant, bien payé. Ce dernier est la source de leur pouvoir, le fruit de leur ambition. Ils se sentent utiles, sont fier d’eux, et ne comprennent pas la différence essentielle entre leur travail et celui d’une grande partie de la population. Pire, puisque leur travail leur plaît, et qu’il participe activement à leur bonheur, ils ne conçoivent pas que l’on puisse ne pas travailler. Ils culpabilisent les chômeurs dans une société où le marché de l’emploi est saturé, comme le montre le taux de chômage des jeunes à travers l’Union Européenne. Quiconque a déjà travaillé à l’usine ou dans une chaîne de fast-food connaît la nature pénible de ces travaux. Facilement remplaçable, l’ouvrier est à la merci de son patron. Or, les aspirations de l’ouvrier et du patron diffèrent. La tension entre ces aspirations est au cœur du concept d’angle Alpha définit par l’économiste Frédéric Lordon7. L’employeur veut nécessairement que les employés aillent dans son sens, qu’ils suivent son désir maître. Ils sont payés pour cela. Mais ces mêmes employés ont chacun leur désir particulier, variant selon la personne et l’instant. L’angle alpha représente la différence entre le désir maître de l’employeur et les désirs particuliers des employés. En fonction du patron et de l’employé, l’ampleur de l’angle peut varier, mais il existe néanmoins. On comprend donc pourquoi une majorité de français préfèrerait être indépendants que salariés8 si on leur donnait le choix, et ce malgré une charge de travail plus importante en tant qu’indépendant.

En prenant du recul, on se rend donc compte qu’en réalité, c’est nous qui avons progressivement robotisé le travail, et l’avons morcelé en des tâches toujours plus simples. D’ailleurs, l’idée même de robots montre que cette interprétation est erronée.

Robots ou esclaves ?

« Il se peut bien que nous entrions dans la plus grande période de chômage jamais vue à ce jour9. »
Norbert Wiener, père de la cybernétique

Le rôle même du robot est d’accomplir un travail. C’est en 1920 que le terme robot apparaît pour la première fois. Il est tiré d’une pièce de théâtre de Science Fiction du tchèque Karel Tchapek intitulé R.U.R. L’un des protagonistes de cette pièce se nommait Robot, et il ressemblait à une machine de forme humaine. Karel Tchapek avait dérivé ce prénom à partir du mot robota qui signifie « travail », « corvée » en proto-slave. L’essence même du robot est donc de travailler. Déjà dans cette pièce, le robot se rebellait contre ses créateurs dans ce qui constitue le mythe fondateur* du robot, repris depuis dans dans de nombreux livres, films, et même jeux vidéos. Libérer l’humain des tâches pénibles est une fin positive. On oublie trop souvent dans la majorité des grandes civilisations, le rôle des esclaves était central, essentiel. C’est ce qui a permis aux Athéniens de devenir des artistes et des philosophes10, d’inventer des concepts essentiels dont nous tirons encore des bénéfices chaque jour, et d’avoir le temps de s’informer en vu de prendre de bonnes décisions politiques. De même, que serait Rome sans le travail d’une quantité pharaonique d’escales ? Ainsi, suite aux guerres puniques contre Carthage  :

« Ils sont autour de 600 000 [escalves] à vivre en Italie vers 225 avant J.-C., sur une population qui ne devait pas dépasser les quatre millions. ”Ce fut alors, écrit Schiavone, que les Romains connurent pour la première fois les bienfaits de leur richesse, à partir du jour où ils se furent rendus maîtres de cette population.11” »12

C’est une des raisons qui explique la nécessité pour les empires de poursuivre indéfiniment leur expansion. Les esclaves sont un des éléments central permettant de maintenir une vie confortable.

« Les guerres cessent progressivement d’être un investissement et prennent un caractère purement défensif. La dynamique d’expansion se brise. Entre le début et le milieu du IIIe siècle, le déséquilibre entre ressources et besoins prend alors, y compris dans la conscience des contemporains, la forme d’un véritable « collapsus historique ». Le déclin de l’Empire romain a commencé. 13»

Point de bonheur sans esclaves ? Pas forcément, en réalité, tout dépend de la nature de nos besoins.

Selon la fameuse pyramide des besoins de Maslow14, à mesure que l’homme satisfait ses besoins, il s’en créé d’autres. Dans son article « A Theory of Human Motivation* » écrit en 1943, Abraham Maslow expliquait qu’ « il est vrai que l’homme peut vivre uniquement de pain, lorsqu’il en a peu ». Ainsi, l’homme veut d’abord satisfaire ses besoins physiologiqes -manger, boire, sexualité..- qui se trouvent donc à la base de la pyramide. Lorsque ceux-ci sont satisfaits, il cherche à assurer sa sécurité qui constitue donc le deuxième niveau. Dès lors, c’est le besoin d’appartenance à une communauté, d’amour puis l’estime de soi qui viennent s’ajouter aux autres. Enfin, au sommet de la pyramide, l’homme cherche à satisfaire le besoin d’accomplissement de soi, besoin assouvi à travers les activités artistiques, intellectuelles, qui donnent un sens à sa vie. Les robots nous offrent une opportunité unique de monter d’un cran sur cette pyramide des besoins. En effet, que sont les robots si ce n’est des esclaves modernes, bien plus productifs que leur ancêtres ? Les robots permettent ainsi de se libérer du travail afin de satisfaire d’autres besoins, tel que l’accomplissement de soi.

Des robots en masse, des masses aux chômages.

« Nous souffrons d’une nouvelle maladie dont certains lecteurs ignorent peut-être encore le nom, mais dont ils entendront abondamment parler dans les années à venir, le « chômage technologique ». Il ‘agit du chômage dû à notre découverte de moyens d’économiser le recours au travail à un rythme qui surpasse celui auquel nous sommes capables de trouver de nouveaux usages pour celui-ci.15 »
John Maynard Keynes, The General Theory of Employment, Interest and Money

Dans la forme actuelle de nos sociétés, les robots nous volent effectivement nos emplois ; mais cela montre davantage la nécessité de repenser notre modèle économique, plutôt qu’une triste fatalité. En 1993, on estimait que chaque robot remplaçait quatre emplois dans l’économie, tout en étant un investissement rentabilisé en à peine plus d’un an16. Il est tout à fait possible que chaque robot en remplace encore davantage aujourd’hui. Dans le même temps, on dénombre pas moins de quatre candidatures pour chaque emploi (en moyenne)17. Aux Etats-Unis, lorsque la chaîne MacDonald’s a annoncé qu’elle allait embaucher 50 000 personnes, plus d’un million de personnes se sont portées candidates !18 C’est la raison pour laquelle le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz explique :

« il devrait être évident que le problème aujourd’hui n’est pas le manque de candidats pour des emplois, mais le manque d’emplois.19»

Le chômage augmente tandis que la productivité n’a jamais atteint de tel sommet. Ainsi, sur la période de 1979 à 1992, on observe une augmentation de la productivité de 35 % alors que les effectifs diminuent de 15 %20. Cette tendance a continué, et les secteurs des services n’est plus capable d’intégrer toute cette nouvelle masse de travailleurs. L’informatique joue un rôle central dans cette progression. La vitesse quasi-instantanée de ses opérations rend possible ce qui, quelques décennies auparavant, eut été inimaginable. Pour mieux se rendre compte de cette vitesse, Geoff Simons fait une comparaison révélatrice :

« Imaginez […] deux ordinateurs conversant ensemble, pendant un certain temps. Un être humain leur demande alors de quoi ils parlent. Le laps de temps qu’il faudra à ce dernier pour poser sa question suffira pour que nos deux ordinateurs échangent plus de mots que n’en ont échangé la totalité des êtres humains depuis la première apparition d’Homo sapiens sur la Terre, il y a deux ou trois millions d’années.21»

Or, il écrit cela en 1985, et depuis, la puissance de calcul s’est multipliée exponentiellement. C’est ce qu’explique la loi de Moore ; tous les vingt-quatre mois, la puissance de calcul des processeurs double relativement à leur coût par dollar. Ainsi, tous les deux ans, on obtient deux fois plus de puissance pour le même prix. Cette loi n’a cessé de se vérifier depuis que Gordon Moore, chercheur pour Intel, la proposée dans les années 1970, et elle reste vraie aujourd’hui. Selon Chris Anderson :

« Jamais dans l’histoire de l’humanité une des ressources primaires d’une économie industrielle a vu son prix baissé si rapidement et pendant si longtemps22 ».

Ainsi, alors qu’un transistor coûtait environ 300$ dans les années 1960, les processeurs d’aujourd’hui ont, pour le même prix, plus de deux milliards de transistor, soit moins de 0,000015 centimes par transistor23. Voilà l’un des moteurs principaux de l’économie d’aujourd’hui, et sa conséquence est claire : de plus en plus de tâches, même complexes, sont désormais à la portée des robots.

On estime ainsi à 1,6 millions le nombre de robots industriels dans le monde, et leur nombre ne cesse de grandir. Ainsi, ils augmentaient de 69 000 unités en 1998, on en prévoit 200 000 de plus en 201624, et cette dynamique devrait en toute logique s’accentuer dans le futur. Une quantité impressionnante toujours grandissante de ce qui nous entoure a été produit grâce à l’utilisation de machines, qui se perfectionnent toujours davantage. De nos lignes de métro25 à l’industrie agroalimentaire, et bientôt sur nos routes, les robots sont omniprésents. Des robots cuisiniers existent déjà, notamment un développé par Mac Donald. Leur généralisation dépend sans doute moins de son efficacité qui, on le devine, sera bien supérieure à celle d’un humain, que des difficultés que le groupe aura à licencier ses effectifs. Il existe même un robot compositeur, créé par le professeur David Cope de l’Université de Californie Santa Cruz. Nommé Emily Howell*, il montre que même la créativité n’est plus l’apanage des humains. Des musiciens se sont en effet montrés incapable de distinguer ces œuvres d’un compositeur réel. La marque de voiture électrique Tesla illustre bien ce nouveau paradigme. Son fondateur, Elon Musk**, connaît bien les codes d’Internet puisqu’il a fait fortune grâce à la plateforme de paiement en ligne Paypal. En seulement douze ans, son entreprise a été capable de produire la voiture*** ayant obtenu la meilleure note jamais atteinte par les retours des consommateurs26. Une performance impressionnante et qui a surpris l’ensemble des grands noms de l’industrie automobile. Les usines Tesla sont l’exemple type de ces usines nouvelles générations, d’une efficacité impressionnante, et avec un nombre de travailleurs humains très restreint. Des centaines de robots KUKA permettent de produire très rapidement des voitures, et même de personnaliser chacunes d’entre elles, sans pour autant que cela affecte la durée d’assemblage. Ces robots peuvent même produire simultanément différents types de voitures. L’une des conséquences négatives de ce phénomène, c’est la montée du chômage.

Or, le chômage n’est pas uniquement un problème pour les chômeurs, c’est un problème pour la société entière27. Une brillante étude28 a montré qu’une hausse du chômage de 1 % avait pour conséquence une hausse de 5,6 % des décès par crise cardiaque et de 3,1 % des décès par accident vasculaire cérébral. Le chômage est un véritable problème de santé publique ; les travailleurs au chômage ont tendance à avoir une alimentation moins saine, à boire et fumer plus, ainsi que davantage de chance de tomber en dépression. Sans parler des crimes, dont la proportion est, on le sait, corrélé avec le taux de chômage. Ce phénomène est renforcé dans notre société productiviste où le chomeur est considéré comme un paresseux, responsable de sa condition. La diminution du nombre d’emplois disponibles est l’un des défis majeur des deux prochaines décennies. Comme le dit Bertrand Russel :

« Il ne faut pas huit heures de travail pour certains et zéro pour d’autres, mais quatre heures de travail pour tous.29 »
Bertrand Russel, mathématicien

Le véritable problème, c’est de trouver un moyen juste pour partager les gains de la productivité. Trop souvent, ces gains vont dans la poche des dirigeants d’entreprises et des actionnaires, dont la rémunération a explosé ces dernières années. Selon Bernard Maris, « en 1950, un patron américain gagnait quarante fois ce que gagnait un ouvrier moyen, cinquante ans plus tard, il en gagne quatre cents fois plus.30 » Le chiffre peut paraître exagéré, mais la tendance est bien réelle. Au Royaume-Uni, les dirigeants des entreprises du FTSE 100* gagnent en moyenne 148 fois plus que leurs employés en 2014. Une progression importante, lorsque l’on sait qu’ils gagnaient 47 fois plus que leurs employés en 1998. Si l’on prend comme référent l’économie américaine sur la période 1977-2007 :

« les 1 % les plus riches ont absorbé près de 60 % de la croissance totale du revenu national américain sur cette période ; pour les 90 % restants, le taux de croissance du revenu moyen a été ainsi réduit à moins de 0,5 % par an31. »

Or, ceci n’est pas tenable à long terme : plus cette tendance va s’accentuer, plus la prophétie de Marx se réalisera : ne disposant pas de capital ni de travail, les citoyens n’auront pas les moyens d’acheter ce que les robots ont produit. Dans le même temps, l’augmentation du rendement du capital au XXIème siècle32 contribue à accroître potentiellement infiniment les richesses des plus fortunés33, et donc les inégalités34. De tels revenus s’opposent non seulement à l’article premier de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 ; « Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. »35, mais en plus ne permettent même pas d’accroître le bonheur de ceux qui les possèdes. C’est ce qu’ont montrés Daniel Kahneman (prix Nobel d’économie) et Angus Deaton dans une étude désormais délèbre ; le bien être augmente effectivement lorsqu’on progresse dans l’échelle des revenus, mais au-delà de 75 000$ par an, gagner plus d’argent ne contribue plus au bonheur36. Dans le même temps, de nombreux demandeurs d’emplois ne sont pas en mesure de subvenir à des besoins essentiels.

Dans son livre La fin du travail, Jeremy Rifkin anticipait ce problème :

« Nos institutions politiques, nos contrats sociaux et nos relations économiques sont fondés sur le fait que les êtres humains vendent leur force de travail, comme une marchandise, sur un marché ouvert. Maintenant que la valeur marchande de ce travail perd de plus en plus d’importance dans la production et la distribution des biens et des services, il va falloir mettre en œuvre de nouvelles approches de la répartition des revenus et du pouvoir d’achat.»37

L’économiste Milton Friedman* fut le premier à proposer un impôt négatif38. Si l’Etat n’est pas en mesure d’assurer un emploi pour l’ensemble de ces citoyens, alors il doit verser aux individus sans emploi un revenu. La Finlande vient de décider de mettre en place un revenu universel39, preuve que l’idée est dans l’ère du temps, tout du moins dans les pays nordiques que l’on considère souvent comme des modèles. L’instauration du revenu universel va devenir progressivement inéluctables. Mais, pour le rendre possible, il faut afficher une volonté politique forte de taxation progressive des plus riches. Or, la taxation (et notamment les paradis fiscaux) est un domaine où les actes diffèrent des longs discours. Thomas Piketty écrit : « D’après les données disponibles, les plus hauts patrimoines échappent en grande partie à l’ISF.40». De plus, il cite l’estimation « prudente41» de Gabriel Zucman selon laquelle près de 10 % du PIB mondiale est dissimulé dans les paradis fiscaux42. Amputés d’autant, nos modèles sociaux ne nous permettront pas de financer un revenu universel sans cette manne. La volonté politique affiché de mettre fin aux paradis fiscaux tarde à se réaliser. Cette situation entraîne légétimement des doutes ; la plupart des pays les plus puissants disposent d’un paradis fiscal ; Andorre et Monaco pour la France, le Delaware pour les Etats-Unis etc..

Simultanément, Internet accélère la suppression des emplois en éliminant tous les intermédiaires. Pour faire tendance, on appelle ça l’überisation de la société, bien qu’il s’agisse d’un phénomène plus ancient et plus large. Qu’il s’agesse d’Uber, de AirBnB, mais également du site de publication Lulu, ces alternatives sont bien plus pratiques, mais diminuent dans le même temps drastiquement le nombre de travailleurs nécessaires -et parfois précarise leur emploi-. Cette tension a été symbolisée par la fronde des taxis face à Uber*. La population a choisi son camp : Uber a été propulsé à la première place des téléchargements d’applications pendant les manifestations des taxis43. Encore une fois, tout un secteur de l’économie voit ses revenus baisser et son métier précarisé. Ces tensions ne sont que temporaires, notamment en raison de l’arrivée prochaine des véhicules sans conducteur**.

Alors que les robots nous remplacent toujours plus, certains prétendent que l’on trouvera de nouveaux secteurs d’activités, que de nouvelles industries vont naître. C’est sans doute vrai mais les industries naissantes ont grandement recours à la robotisation. Croire en une explosion de l’emploi, c’est croire en une explosion de la croissance, quand bien même cela serait possible, il apparaît que ce ne serait pas souhaitable pour des raisons écologiques. En effet, l’augmentation de la productivité entraîne une accélération de notre consommation en ressources naturelles.

L’ère des humains, une catastrophe écologique.

« L’homme est devenu une force géologique, et même sans doute la principale agissant aujourd’hui sur terre44. » Claude Lorius et Laurent Carpentier, Voyage dans l’anthropocène

Le réchauffement climatique -et ses conséquences- est sans doute le plus grand défi de l’humanité à l’heure actuelle. Une fois le cercle vicieux enclenché, on ne peut en prédire les conséquences. En mars 1972, quatre chercheurs du MIT présentent à Washington leur rapport sur Les Limites à la croissance aussi connu sous le nom de rapport Meadows. Selon ce dernier, l’humanité va droit dans le mur. Le fonctionnement du monde n’est pas soutenable, et il prône donc la :

« recherche d’un modèle économique stable et durable plutôt qu’un modèle de croissance permanent qui, dans un contexte de ressources limitées, ne ferait qu’engendrer des cycles de crise expansion-récession et ne saurait assurer indéfiniment la prospérité de tous45».

Ce sont les premières évidences solide d’un dossier qui ne cessera dès lors de s’alourdir. Selon Claude Lorius, auteur avec Laurent Carpentier du livre Voyage dans l’anthropocène, cet nouvelle ère dont nous sommes les héros, l’humanité serait devenue la principale force géologique sur la planète. Cet avis est partagé par la Royal Geological Society de Londres. En étudiant les glaces de l’Antarctique, Claude Lorius a mis en évidence une augmentation de la concentration en dioxyde de carbone. Nous serions ainsi passé de 280 parties par million avant la révolution industrielle à plus de 380 aujourd’hui46. Ceci a des répercussions bien réelles sur notre environnement. Ainsi, le premier maillon de la chaîne alimentaire marine, le phytoplancton, est actuellement en danger47. Ce dernier absorbe près de 100 millions de tonnes de carbone par jour. En raison des rejets de gaz carboniques, l’acidité de l’océan augmente graduellement. D’un pH de 8,2 avant la révolution industrielle, il est de 8,1 actuellement. Il pourrait tomber à 7,8 d’ici à la fin du siècle. Or, ces micro-organismes sont extrêmement sensibles aux modifications dans leur environnement. Il est possible que nous ayons déjà outrepassé ce que les climatologues appellent l’effet de seuil au delà duquel tout changement est irrémédiable ; le déséquilibre s’emballe.

« Les civilisations meurent pas suicide, non par meurtre. »
Arnold J. Toynbee

Depuis 1972, nous aurions eu largement le temps de changer de mode de vie. Pourtant, force est de reconnaître que les avancées sont minimes et lentes. Dans son livre Climate cover-up, James Hoggan expmique à travers différents sondages canadiens que seulement 5 % des gens affirment ne pas se sentir concernés par le réchauffement climatique, mais qu’ils seraient en revanche « 50 % à penser que leurs voisins sont dans ce cas48. » Une des raisons est probablement l’inaction de nos dirigeants, obnubilés par la croissance*. On découvre d’ailleurs dans cette même étude que « les gens ne font plus confiance aux discours des élites -gouvernants, entreprises, experts – 49». Dire qu’il faut arrêter la course effrénée à la croissance n’est effectivemment pas très vendeur… Et les torts dans cette affaire sont inégalements partagés. On estime qu’il faudrait cinq planètes pour subvenir aux besoins de la population si chaque pays consommait comme les américains, trois planètes si tout le monde s’inspirait des européens. Une étude de l’Académie nationale des sciences américaines qui porte sur les coûts environnementaux de la mondialisation économique depuis 196150 démontre que les pays riches ont « généré 42 % de la dégradation à travers le monde tout en assumant seulement 3 % des coûts qui en résultent.51» Et la situation va sans doute empirer. Le développement de nombreux pays comme la Chine -qui est une bonne chose en soi- contribue à accélérer ce phénomène. Bill Gates partageait en Décembre 2014 « peut-être l’information la plus hallucinante [qu’il a] appris dans l’année » : les Etats-Unis auraient utilisés près de 4,5 gigatones** sur la période 1901-2000. La Chine elle, en aurait en revanche utilisé 6,6 gigatones en seulement deux ans (2011-2013). Il ne faut pas non plus être trop alarmiste : ils existent de nombreuses avancées***. Une étude a montré que les pays « qui ont le taux d’impôt sur l’environnement le plus élevé ont aussi les industries les plus compétitives au niveau international.52 ». Cela confirme l’idée selon laquelle l’augmentation des impôts sur la pollution industrielle obligerait les entreprises à renforcer leur compétitivité au niveau international. Toutefois, ce genre de mesure rencontre quasi-systématique l’opposition des lobbies industriels. Plus important, la société Beyond Meat cherche à trouver une solution à l’élevage à l’échelle industrielle. Selon le rapport de World Watch en 2009, plus de 51 % des gaz à effet de serre serait en effet directement imputable à l’élevage quelle que soit sa forme53. Produit à partir de protéines végétales, leur poulet végatal a réussi la prouesse de tromper un des critiques culinaires du New York Times, incapable de distinguer dans deux tacos la viande végétale de la viande animale54. Il apparaît nécessaire d’adapter nos modes de vies aux ressources disponibles. La population semble en être consciente, nos représentants moins.

Le premier principe écologique est l’économie d’énergie. D’après Eric Laurent, acheminer une calorie de laitue chilienne en Grande-Bretagne utilise 127 calories d’énergie, correspondant au fuel de l’avion55. Jacques Ellul donnait un autre exemple très pertinent56: un Américain travaille 1500 heures par an pour entretenir sa voiture (en diverses frais : achat, essence, entretien), et il roule en moyenne 10 000 kilomètres par an. Si on prend comme référence une vitesse de conduite de 50 km/h, on ajoute donc 200 heures de route au 1500 heures précédentes, pour un total de 1700 heures. En divisant les 10 000 kilomètres par an par les 1 700 heures, on obtient une moyenne inférieure à 6km/h. Dans ces conditions, le vélo est compétitif et plus sain. Toutefois, généraliser l’usage du vélo ne permettrait pas une augmentation de la croissance tel qu’elle est actuellement mesurée57.

L’augmentation de la productivité provient donc en partie de l’automatisation. À mesure que celle-ci se poursuit, le rendement du capital augmente tandis que de nombreux emplois sont précarisés. C’est malheureux, car :

« l’inégalité face au capital est toujours beaucoup plus forte que l’inégalité face au travail. La répartition de la propriété du capital et des revenus qui en sont issus est systématiquement beaucoup plus concentrée que la répartition des revenus du travail.58»

L’instauration d’un revenu universel semble devenir nécessaire. Toutefois, un tel compromis connaitra sans doute l’opposition des plus riches, qui on l’a vu, sont sur-représentés dans nos démocraties. Puisque l’avancée de la technique entraîne à la fois le chômage et la destruction de notre environnement, pourquoi persister à l’utiliser ?

1 : KRUGMAN, Paul R., La Mondialisation n’est pas coupable, La Découverte/Poche, 1998, p.13.2 : BLUM, Léon, Pour être socialiste, Albin Michel, 2012 (Première édition : 1919), 70 pages.

3 : Article internet de l’Express le 18/09/2012, Pour les trois quarts des Français, les robots « volent le travail des gens », voir : http://www.lexpress.fr/emploi/pour-les-trois-quarts-des-francais-les-robots-volent-le-travail-des-gens_1162762.html, consulté le 14 Octobre 2015.

4 : FREY, Carl Benedikt, OSBORNE, Michael A., « The future of job employment : how susceptible are jobs to computerisation », Ofxord Martin Programme on the Impacts of Future Technology, 2013, p.1.

5 : SVENDSEN, Lars, Un job tu trouveras, Tracks Arte, 2015, disponible sur Youtube :http://www.youtube.com/watch?v=POoxfhCUHYo, consulté le 14 Octobre 2015.

6 : WEBER, L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme, p.128, tiré de B. MARIS, Bernard, Antimanuel d’économie, 2. les cigales, Editions Bréal, 2006, p.97.

7 : Mes chers contemporains : Frédéric Lordon : Disponible sur Youtube :http://www.youtube.com/watch?v=87sEeVj057q, consulté le 14 Octobre 2015.

8 : France Inter, émission du dimanche 3 mai 2015, Le travail-a-t-il encore un avenir ? : 55 % des Français préfèrent être salarié qu’indépendant. Emission disponible jusqu’au 26/01/2018 sur franceinter.fr : http://www.franceinter.fr/emission-parenthese-le-travail-a-t-il-encore-un-avenir, consulté le 14 Octobre 2015.

9 : Tiré de RIFKIN, Jeremy, La fin du travail, Editions La découverte, 2006, 460 pages. p.124.

10 : ANDERSON, Chris, Free : The Future of a Radical Price, Hyperion, 2009, p.212.

11 : SCHIAVONE, Aldo, Le Destin brisé. La Rome antique et l’Occident moderne, trad française, Paris, Belin, 2003, tiré de COHEN, Daniel, La Prospérité du Vice : une introduction (inquiète) à l’économie, Albin Michel, 2009,

12 : COHEN, Daniel, La Prospérité du Vice : une introduction (inquiète) à l’économie, Albin Michel, 2009, p.39.

13 : COHEN, Daniel, La Prospérité du Vice : une introduction (inquiète) à l’économie, Albin Michel, 2009, p.41.

14 : ANDERSON, Chris, Free : The Future of a Radical Price, Hyperion, 2009, p.180.

15 : KEYNES, John Maynard, The General Theory of Employment, Interest and Money, repris in Essays in Persuasion, Macmillan, New York, 1931.

16 : KENNEDY, Paul, Preparing for the 21st Century, Random House, New York, 1993, p .86 : Winpisinger, William, Reclaiming Our Future : An Agenda for American Labor, Westview Press, San Francisco, 1989, p.149 tiré de RIFKIN, Jeremy, La fin du travail, Editions La découverte, 2006, p.184.

17 : STIGLITZ, Joseph E., The Price of Inequality : How today’s divided society endangers our future, W.W. Norton & Company, Inc., 2013, p.287.

18 : Ibid.

19 : Ibid.

20 : « The Myth of Manufactuing’s Decline », Forbes, 18 janvier 1993, tiré de RIFKIN, Jeremy, La fin du travail, Editions La découverte, 2006, p.27.

21 : SIMONS, GEOFF, Silicon Shock : The Menace of the Computer Invasion, Basil Blackwell, New York, 1985, p.165, tiré de RIFKIN, Jeremy, La fin du travail, Editions La découverte, 2006, p.255.

22 : ANDERSON, Chris, Free : The Future of a Radical Price, Hyperion, 2009, p.78.

23 : Ibid.

24 : Emission de France Inter avec Bernard Stiegler, La travail a t-il un avenir ?

25 : La ligne 14 à Paris, la ligne D à Lyon, l’ensemble du métro Lillois..

26 : Voir : http://www.money.cnn.com/2013/05/09/autos/tesla-model-s-consumer-reports/

27 : Voir Annexe 8.

28 : Merva, Mary et Fowles, Rihcard, Effects of Diminished Economic Opportunities on Social Stress : Heart Attacks, Strokes, and Crime, Economic Policy Institute, Washington, DC, 16 octobre 1992, p.1-2, tiré de RIFKIN, Jeremy, La fin du travail, Editions La découverte, 2006, p.244.

29 : RUSSEL, Bertrand, In Praise of Idleness and Other Essays, Londres, 1935, p.17.

30 : MARIS, Bernard, Antimanuel d’économie, 2. les cigales, Editions Bréal, 2006, p.86.

31 : PIKETTY, Thomas, Le capital au XXIe siècle, Editions du Seuil, 2013, p.470, ces chiffres sont tirés de l’étude A. Atkinson, T. Piketty, E. Saez, « Top income in the long-run of history ». Il convient de préciser que ceci concerne la répartition des revenus primaires, c’est-à-dire avant impôts et transferts.

32 : PIKETTY, Thomas, Le capital au XXIe siècle, Editions du Seuil, 2013, p.55.

33 : Selon Thomas Piketty : « D’après Forbes, la planète comptait à peine 140 milliardaires en dollars en 1987, et elle en compte plus de 1 400 en 2013, soit une multiplication par dix. Leur patrimoine total aurait progressé plus rapidement encore, passant de moins de 300 milliards de dollars en 1987 à 5 400 milliards en 2013, soit une multiplication par près de vingt. […] La planète comptait à peine 5 milliardaires pour 100 millions d’habitants adultes en 1987, elle en compte 30 en 2013 ; les milliardaires détenaient tout juste 0,4 % du patrimoine privé mondial en 1987, ils en détiennent plus de 1,5 % en 2013, ce qui leur a permis de dépasser le précédent record atteint en 2008, à la veille de la crise financière mondiale et de la faillite de Lehman Brothers. », voir : PIKETTY, Thomas, Le capital au XXIe siècle, Editions du Seuil, 2013, p.90.

34 : Les six héritiers de l’entreprise Wall-Mart possèdent à eux-seuls 69,7 milliards de dollars. Un chiffre équivalent à ce que possède près de 30 % (!) de la population américaine ! Voir, STIGLITZ, Joseph E., The Price of Inequality : How today’s divided society endangers our future, W.W. Norton & Company, Inc., 2013, p.10.

35 : Voir Annexe 3.

36 : DEATON, Angus & KAHNEMAN, Daniel, « High income improves evaluation of life but not well-being », Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States, vol 107 n°38, 2010.

37 : RIFKIN, Jeremy, La fin du travail, Editions La découverte, 2006, p.291.

38 : Ibid, XV.

39 : Express.be : « La finlance sera le premier pays européen à introduire un revenu de base inconditionnel », 01 juillet 2015, voir : http://www.express.be/business/fr/economy/la-finlande-sera-le-premier-pays-europeen-a-introduire-un-revenu-de-base-inconditionnel/214356.htm

40 : PIKETTY, Thomas, Le capital au XXIe siècle, Editions du Seuil, 2013, p.861.

41 : Ibid, p.744.

42 : Ibid, p.744.

43 : Slate.fr, L’appli Uber est devenue la plus téléchargée sur iPhone le lendemain de la grève des taxis, 01.07.15, http://www.slate.fr/story/103755/uber-appli-iphone-plus-telechargee-greve-taxis

44 : LORIUS, Claude & CARPENTIER, Laure, Voyage dans l’anthropocène : cette nouvelle ère dont nous sommes les héros, ACTES SUD, 2010, p.11.

45 : LORIUS, Claude & CARPENTIER, Laure, Voyage dans l’anthropocène : cette nouvelle ère dont nous sommes les héros, ACTES SUD, 2010, p.86.

46 : LORIUS, Claude & CARPENTIER, Laure, Voyage dans l’anthropocène : cette nouvelle ère dont nous sommes les héros, ACTES SUD, 2010, p.48.

47 : LORIUS, Claude & CARPENTIER, Laure, Voyage dans l’anthropocène : cette nouvelle ère dont nous sommes les héros, ACTES SUD, 2010, p.65.

48 : LORIUS, Claude & CARPENTIER, Laure, Voyage dans l’anthropocène : cette nouvelle ère dont nous sommes les héros, ACTES SUD, 2010, p.159.

49 : Ibid.

50 : SRINIVASAN et al., Proceedings of the National Academy of Science, tiré de LORIUS, Claude & CARPENTIER, Laure, Voyage dans l’anthropocène : cette nouvelle ère dont nous sommes les héros, ACTES SUD, 2010, p.107.

51 : LORIUS, Claude & CARPENTIER, Laure, Voyage dans l’anthropocène : cette nouvelle ère dont nous sommes les héros, ACTES SUD, 2010, p.107.

52 : Christian Ege Jorgensen, « Environmental fiscal reform : perspectives for progress in the European Union », tiré de RIFKIN, Jeremy, La fin du travail, Editions La découverte, 2006, LVI.

53 : World Watch, November/December 2009, Livestock and Climate Change : What if the key actors in climate change are cows, pigs and chickens ?

54 : Mark Bittman, A Chicken Without Guilt, 9 mars 2012, NY Times Sunday Review, voir :http://www.nytimes.com/2012/03/11/opinion/sunday/finally-fake-chicken-worth-eating.html?_r=0&_r=0 , selon Mark Bittman, le poulet végétal l’a « totalement eu durant un test aveugle » (fooled me badly in a blind testing).

55 : De même, une calorie d’asperge chilienne nécessite 97 calories de fuel pour arriver en Grande-Bretagne. D’après Eric Laurent, La face cachée du pétrole, Plon, 2006, tiré de MARIS, Bernard, Antimanuel d’économie, 2. les cigales, Editions Bréal, 2006, p.50.

56 : Cet exemple est tiré de MARIS, Bernard, Antimanuel d’économie, 2. les cigales, Editions Bréal, 2006, p.334, qui récupère lui-même cet exemple du livre La Convivialité, Seuil, 2003, de Jacques Ellul.

57 : La croissance ne prend pas en compte de nombreux facteurs, tel que la pérennité des ressources naturelles. Lorsqu’un Etat donne des concessions à l’industrie pétrolière à des prix inférieurs à ceux du marché, le pays ne gagne pas de l’argent, il en perd. Le PIB ne prend pas en compte la disparition d’une ressource limitée qui a été vendu en dessous de sa valeur réelle, mais uniquement l’agent issu de cette vente. De même, le modèle social américain est bien moins efficient que le Français ; il revient plus cher pour des performances inférieures. Pourtant, les instruments de mesures économiques (PIB) prennent en compte les dépenses, et non l’efficience ou l’impact sur l’environnement. Ce problème n’est pas nouveau, et est connu de longue date. Si le PIB continue d’être la référence, c’est principalement parce que d’autres instruments de mesures s’opposeraient aux intérêts des entreprises. C’est donc là encore un exemple fort de l’influence des groupes d’intérêts particuliers qui triomphe face à l’intérêt général.

58 : PIKETTY, Thomas, Le capital au XXIe siècle, Editions du Seuil, 2013, p.385. Thomas Piketty précise : « Tout d’abord, on retrouve cette régularité dans tous les pays et à toutes les époques pour lesquelles des données sont disponibles, sans aucune exception, et chaque fois de façon très massive. »

* : C’est également le cas du Golem dans la mythologie juive. Il s’agit d’un être artificiel qui devient hors de contrôle.

** : Une théorie de la motivation humaine.

*** : Certaines de ses chansons sont disponibles sur Youtube. Nous recommandons celle intitulée sobremement Track 1.

4* : Pour l’anecdote, le personnage de Tony Stark dans les films Iron Man est directement inspiré de lui.

5* : Le modèle S.

6* : Ce qui équivaut aux 100 entreprises les mieux côtées.

7* : Qui est pourtant loin d’être un socialiste.

8* : Uber est une application mettant en relation des particuliers pour des courses, concurrençant ainsi les taxis.

9* : Uber ne s’y trompe pas, l’entreprise a investi 375 millions de $ dans les voitures autonomes.

10* : Sans doute sous l’influence des lobbies des grandes entreprises.

11* : Une gigatonne équivaut à un milliard de tonnes.

12* : Par exemple, le classement fait par l’ONG Les amis de la terre calcule la pollution induite lorsqu’on dépose un euro sur son compte en banque, et ce pour chaque grande banque.