Contexte :

 

Face à la crise des démocraties représentatives, de nombreux penseurs proposent de passer à une participation plus directe. Si l’idée est en soi bonne, ce terme flou et passe-partout ne permet pas de concevoir un nouveau système politique global, plus en phase avec notre temps. Surtout, il ne permet pas de comprendre le problème en des termes simples ; la démocratie représentative est née d’un impératif historique précis, à savoir conjuguer l’idéal antique démocratique avec un grand territoire. C’est de cette contradiction, au coeur même de la démocratie représentative, que découle toutes les concessions faites à l’idéal démocratique, et les problèmes actuels de nos régimes.

 

Jusqu’à l’instauration des démocraties représentatives au 18ème siècle, il était considéré comme acquis que la démocratie ne convenait qu’aux cités-états :

 

“Même dans l’histoire de l’Occident, avec ses réminiscences de “démocratie” athénienne, l’idée selon laquelle le modèle démocratique ne peut pas être mis en oeuvre dans des Etats qui s’étendent sur de vastes territoires et nécessitent un pouvoir fortement centralisé, demeura l’opinion communément répandue jusqu’à l’époque de Montesquieu et de Rousseau.”
Benjamin I. Schwartz, The World of Thought in Ancient China1

 

La raison derrière ce phénomène est simple : comme le résume Raymond Aron : Plus grande est la surface de la société couverte par l’Etat, moins celui-ci a des chances d’être démocratique. En effet, plus le pouvoir est centralisé, plus les représentants ont de chances d’être éloignés non-seulement géographiquement, mais également socio-culturellement des représentés. Toutefois, il est impossible de réunir l’ensemble de la population française dans un parlement. La représentation découle donc en partie de contraintes logistiques. Grâce à l’avènement d’Internet, ces contraintes matérielles ont aujourd’hui disparu, tout du moins dans la majorité des pays développés.

Un régime plus direct semble être une réponse légitime, et il l’est.

 

[1] SCHWARTZ, Benjamin I., The World of Thought in Ancient China, p.69, traduction de l’auteur.