Village planétaire, retour sur la semaine du 7 au 13 juin

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Monument Valley, USA (reddit)
Rien ne se perd, rien ne se créé…“, autres bonus ici et .
Comme chaque semaine, la suite de notre ouvrage.
Aujourd’hui, un immobilisme patent de la politique.
C’est notre dernière revue de presse avant l’été. Bonnes vacances à tous

Politique

– En bref : Le pape explique aux grands dirigeants du secteur pétrolier que le monde doit se convertir à “l’énergie propre (Reuters) [en]. Moment un peu surnaturel ressemblant fortement à The Office lorsque Donald Trump s’adresse devant Kim Jong Un aux reporters en leur demandant si ils prennent des photos où les deux hommes apparaissent “beaux, minces et agréables (The Guardian) [en] [1mn]. Les femmes représentent 19,8% du Congrès américain en 2017, alors que le nombres de candidates pour 2018 est (de loin) le plus élevé de ces 16 dernières années – 435 en 2018 vs 312 en 2016 (Courrier international n°1440) [en]. Le nouveau président du gouvernement espagnol (Pedro Sanchez, socialiste) ayant pris ses fonctions, la tutelle de Madrid sur la région autonome catalane a été automatiquement levée (Courrier international n°1440, p.14).

 

Le sommet entre Donald Trump et Kim Jong Un s’est soldé par une déclaration commune
peu engageante – Photo par Evan Vucci – AP/Shutterstock (Time)​.

 

– Le Monde diplomatique analyse le bouleversement démographique” de l’Europe. il distingue trois groupes assez distincts : celui “du Nord-Ouest (pays nordiques, îles Britanniques, Benelux, Suisse et France)” où “la population a progressé d’au moins 10 % depuis 1989” ; un deuxième groupe constitué des pays germaniques et du Sud, où “le solde naturel est devenu nul, voire négatif, [mais] compensé par un solde migratoire positif” comme en Allemagne, où le solde migratoire connaît un “excédent cumulé colossal : 10 millions de personnes“, depuis 1987. Enfin un troisième groupe comprenant toute l’Europe centrale et orientale hors Russie où se cumulent “un solde naturel négatif et un solde migratoire qui l’est tout autant. Ainsi, la Roumanie a perdu 3,2 millions d’habitants ces 30 dernières années, soit “14% de sa population de 1987“. En Moldavie, ce nombre atteint 16,9% de la population,  18% en Ukraine, 19,9% en Bosnie, 20,8% en Bulgarie et en Lituanie et enfin 25,3% pour la Lettonie. Ces différences engendrent de nombreux déséquilibres au sein de l’Europe. Comme le rappelle le mensuel, “Sur le plan géopolitique, le poids démographique n’est peut-être pas sans importance. La Révolution française n’aurait sans doute pas eu le même écho si le pays de Robespierre n’avait pas été le plus peuplé d’Occident à l’époque. Avec 28 millions d’habitants, le France comptait en 1789 trois fois plus d’habitants que l’Angleterre et le Pays de Galle, pratiquement autant que tout l’Empire russe ou que les deux Amériques réunies“. (Le Monde diplomatique).

 

– Malgré les nombreuses critiques vis-à-vis de nouveau gouvernement italien, c’est la première fois depuis 1994 qu’il ne comprend aucun ministre mis en examen ou condamné, et la première fois depuis 1983 que Berlusconi n’a pour ainsi dire qu’une influence très limitée. L’économiste Paolo Savona qui était “pressenti pour le portefeuille de l’Economie” avant le veto du président de la République est sans doute “le plus polémique aux yeux de l’Europe“. L’homme qui avait déclaré “Il n’y a pas d’Europe, mais une Allemagne entourée de peureux​” est nommé aux Affaires européennes (Courrier international n°1439, p.12).

 


Economie

 

– En bref : Le coût total du mondial de football en Russie est estimé à 9 milliards de dollars (France24)Le Canada devrait légaliser le cannabis à usage récréatif cette semaine (Narcity) [en]. Le prix de la mégafusion entre Bayer et Monsanto est de 63 milliards de dollars (Courrier international n°1440, p.12). D’après l’hebdomadaire angolais l’Expansao, “chaque Angolais doit 754 dollars à la Chine, 106 dollars à Israël, 63 dollars à la Russie, 41 dollars au Brésil, 21 dollars au Portugal...“. De plus, six pays africains sont considérés en situation de “faillite” par le FMI (Le Tchad, le Soudan du Sud, le Congo, le Mozambique, le Zimbabwe, l’Erythrée). Pour le Financial Times, la “menace du surendettement” du continent est “réelle​” (Courrier international n°1440, p.51).

 

Que se passe-t-il sur Internet en une minute ? (en 2018) (Visual Capitalist)

 

– ​Alors que l’Etat envisage d’ouvrir le capital de La Française des jeuxLe Monde explique son poids. En 2017, la FDJ représente près de 15,1 milliards d’euros de vente, dont près de 6,75 milliards rien que pour les jeux à gratter. Les deux tiers des mises (9,5 Mds d’euros en 2016) sont “reversées aux joueurs, sous forme de gains“, et 22% sont récupérées par l’Etat (3,1 Mds en 2016). A l’heure actuelle, l’Etat est actionnaire majoritaire à 72% de la FDJ (Le Monde).

 

– The Atlantic analyse un nouveau petit boulot apparu en Californie : “chargeur nocturne” de trottinettes électriques en libre-service : “Comme avec Pokémon Go, quand vous cliquez sur ‘mode chargeur’, l’application affiche une carte en temps réel des Bird dont la batterie est à plat et qui se trouvent dans votre zone. Vous touchez une prime de 5 à 20 dollars par trottinette ‘capturée’ et chargée, selon la difficulté à la localiser (Courrier international).

 


Sciences & Société

 

​- Aspirer le dioxyde de carbone à partir de l’air serait moins cher que prévu. Le coût estimé de la technologie de géoingénierie afin de lutter contre le réchauffement climatique chute (Nature) [en]. Donner aux gens une récompense immédiate s’avérerait plus efficace pour stimuler la motivation plutôt que d’attendre que la tâche soit finie. Les individus ayant reçu le bonus plus tôt ont augmenté leur intérêt et leur plaisir dans la réalisation de la tâche, les rendant plus motivés (Cornell) [en]. Après avoir été emmenée sur une île pour la sauver, une espèce de mammifère en voie de disparition perd sa peur des prédateurs en 13 générations (The Royal Society) [en]. Lorsque 25 % des membres d’un groupe adoptent une nouvelle norme sociale, un point de basculement est atteint et l’ensemble du groupe entier adopte cette nouvelle norme. Il y aurait donc une causalité directe entre la taille d’une minorité et sa capacité à créer un changement social (UPenn) [en].

 

Omaha Beach, le 6 juin 1944, France (reddit)​​

 

– Le sang de limule est “un élément fondamental de la médecine moderne, dans la mesure où il sert à détecter la présence de toxines bactériennes dans les médicaments, les vaccins et les appareils médicaux (Courrier international).

 

– Les gifs de la semaine : l’expert de la carotte, duels de feu d’artifice sur trampoline, faire de la boxe dans le noir, l’effet Marangonisaut en hauteur à une jambe (à voir), impressionné (à voir), jouer au billard sur un naviretraverser durant un marathoncombiner des bulles, l’expérience de la fausse main (à voir).

 

Cristaux de Bismuth (reddit)

 

– ​Cette semaine encore, bon vidéo du Monde qui explique “Pourquoi les joueurs de foot simulent autant ?“. Dans près d’un tiers des cas, les simulations sont récompensées d’un coup franc ou d’un penalty. En revanche, elles sont très peu sanctionnées (Le Monde) [5mn].

 

– Une autre bonne vidéo du Monde selon laquelle le football serait “peut-être le plus imprévisible des sports d’équipe“. D’après l’économiste David Sally, auteur du livre The Numbers Game, “les probabilités qu’une équipe favorite gagne un match de football sont de une sur deux. Tandis qu’au baseball, elles sont de deux sur trois, et au basket-ball, de trois sur cinq“. Un phénomène qui est renforcé par la structure des compétitions, la coupe du monde étant à élimination directe dans ses phases finales. Cette imprévisibilité est en grande partie due au nombre peu élevé de buts dans le football. En effet, 17 % des matchs entre 1901 et 2012 se sont soldés sur un score de 1-0. Toutefois, le budget des équipes a bien entendu une influence sur les chances de victoires (Le Monde) [4mn].

Internet & Blockchain

 

– En bref : Le mainnet d’EOS est lancé (Cryptoglobe) [en]. Le Journal du Coin revient sur les éléments troublants du procès de Ripple (Journal du Coin). Une oeuvre d’Andy Warhol valant 5,6 millions de dollars s’apprête à être mise en vente dans la première vente aux enchères en cryptomonnaies au monde (CoinTelegraph[en]. Les recherches du terme Bitcoin sur Google ont “diminué de 75% depuis le début de 2018”. Un mauvais présage puisque “le prix actuel du Bitcoin aurait une corrélation de 91% avec le volume des recherches Google“. Toutefois, Forbes constate que les termes “buy gold” n’ont jamais été si peu recherchés ces 11 dernières années (Journal du Coin).

 

Traces de neige sur mars (NASA​​​

 

– Un classement intéressant de Numerama sur le soutien des géants de la tech apporté à la communauté de l’open source. Du meilleur au moins bon et arguments à l’appui, on retrouve : 1 – Google, 2 – Apple, 3 – Microsoft, 4 – Facebook, 5 – Amazon, 6 – Oracle (Numerama).

 

– D’après la Télévision Centrale de Chine (CCTV), qui est le principal diffuseur du petit écran contrôlé par le gouvernement, “la valeur de la Blockchain est dix fois plus élevée que celle d’Internet“. Toutefois, cet intérêt du gouvernement chinois se porterait davantage sur les blockchains privées, afin de garder les principaux leviers du pouvoir. Ainsi, selon le haut fonctionnaire chinois Xu Hao : “Quand on parle de Blockchain, beaucoup de gens parlent de décentralisation. J’aimerais apporter un petit changement au mot. Je pense que l’essence de la Blockchain est la désintermédiation. Il n’y aucun moyen de se débarrasser d’une centralisation” (Journal du Coin).

 

Un de mes moments favoris est mon interview en 2013 d’Erik Voorhees pour Businessweek. Je lui demandais si il encaissait ses profits et, à ma surprise, il a répondu qu’il avant quasiment tout encaissé (sous-entendu : revendu ses bitcoins). Avant d’ajouter, “.. en vendant mes dollars”(sous-entendu : pour acheter des bitcoins (twitter).

 

– Selon un rapport du FMI, “les cryptoactifs pourraient un jour réduire la demande en monnaies des banques centrales“. Il constate également : “nous ne pouvons exclure la possibilité que certains cryptoactifs soient plus largement adoptés et remplissent mieux les fonctions de monnaie dans certaines régions ou dans des réseaux privés d’e-commerce” (Journal du Coin).

 

 

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Un immobilisme patent.

 

A l’approche de l’élection, le chef du pouvoir exécutif [le président] ne songe qu’à la lutte qui se prépare ; il n’a plus d’avenir ; il ne peut rien entreprendre, et ne poursuit qu’avec mollesse ce qu’un autre peut-être va achever. […] Longtemps avant que le moment n’arrive, l’élection devient la plus grande, et pour ainsi dire l’unique affaire qui préoccupe les esprits. […] De son côté, le président est absorbé par le soin de se défendre. Il ne gouverne plus dans l’intérêt de l’État, mais dans celui de sa réélection ; il se prosterne devant la majorité, et souvent, au lieu de résister à ses passions, comme son devoir l’y oblige, il court au-devant de ses caprices.

 

A mesure que l’élection approche, les intrigues deviennent plus actives, l’agitation plus vive et plus répandue. Les citoyens se divisent en plusieurs camps, dont chacun prend le nom de son candidat. La nation entière tombe dans un état fébrile ; l’élection est alors le texte journaliser des papiers publics, le sujet des conversations particulières, l’objet de toutes les démarches, l’objet de toutes les pensées, le seul intérêt du présent. Aussitôt, il est vrai, que la fortune a prononcé, cette ardeur se dissipe, tout se calme, et le fleuve, un moment débordé, rentre paisiblement dans son lit. Mais ne doit-on pas s’étonner que l’orage ait pu naître ?
Alexis de Tocqueville en 1830(1)

Voir encore aujourd’hui dans Le Prince les fondements de la politique moderne, c’est admettre que cette dernière n’a fondamentalement pas évolué depuis l’écriture du Prince, publié en 1532 pour la première fois. Pierre Manent dans l’Histoire intellectuelle du libéralisme rappelle à juste titre : “Parler du ‘réalisme’ de Machiavel, c’est donc avoir admis le point de vue de Machiavel : le ‘mal’ est politiquement plus significatif, plus substantiel, plus ‘réel’ que le ‘bien’”(2). Parler aujourd’hui encore de ce réalisme, c’est le constat d’un immobilisme.

 
Mais Machiavel allait plus loin dans son œuvre en anticipant un point essentiel. D’après lui, le mal n’est pas simplement plus significatif, il a également de forte chance de continuer à prospérer dans le futur si on ne l’entrave pas : “Les hommes seront toujours méchants, s’ils ne sont pas rendus bons par la nécessité”(3). C’est sans doute pourquoi Francis Beacon proposait de lire Le Prince afin de mieux comprendre ceux qui nous dirigent. Mais les comprendre ne suffit pas, il faudrait être capable de les encadrer.

Or, il existe une entité qui trouve grâce aux yeux de Machiavel. C’est le peuple :

le peuple désire ne pas être commandé ni opprimé des grands, et les grands désirent commander et opprimer le peuple. […] on ne peut avec honnêteté satisfaire les grands, et sans atteintes pour autrui, mais le peuple, certes oui, parce que la fin du peuple est plus honnête que celle des grands, ceux-ci voulant opprimer et celui-ci n’être pas opprimé(4).

D’où une dispute sur la véritable nature du texte de Machiavel. S’agit-il d’enseigner aux puissants “une espèce de politique détestable qu’on peut rendre en deux mots, l’art de tyranniser” comme le supposait Diderot au XVIIIe siècle, ou bien plutôt d’instruire le peuple comme le pense Rousseau : “Cet homme n’apprend rien aux tyrans, ils ne savent que trop bien ce qu’ils ont à faire, mais il instruit les peuples de ce qu’ils ont à redouter.” Comme le souligne Patrick Boucheron, gardons en tête la dédicace originale de Nicolas Machiavel “[qui] salue le Magnifique Laurent de Médicis” à qui le livre est destiné, tout en se remémorant que “[son] intention est d’écrire quelque chose d’utile à qui l’entend”(5). Ainsi, peut-être vaut-il mieux ne pas prêter d’autres intentions à Machiavel que de révéler la vérité. Cela étant fait, il faut en tirer les conséquences.

 
Le peuple cherche seulement à ne pas être opprimé : c’est donc sur lui que doit reposer la forme de gouvernement la plus juste. Ainsi, l’entité politique la plus juste est celle qui dispose du moins de pouvoir. C’est somme toute assez logique. En effet, ceux qui disposent du pouvoir, les puissants, peuvent l’utiliser pour opprimer le peuple. Le pouvoir a même tendance à corrompre ceux qui le détiennent. Pour le peuple, en revanche, ne pas être opprimé constituerait déjà une avancée. Montesquieu ne dira pas autre chose dans l’Esprit des Lois :

C’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser […] Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir(6)

.
De même que ma liberté s’arrête là où commence celle des autres, il faudrait donc que mon pouvoir s’arrête là où commence celui des autres, et de même que tout citoyen dispose des mêmes libertés, il faudrait que tout citoyen dispose des mêmes pouvoirs. C’est d’ailleurs un point de vue que l’on retrouve chez divers philosophes. Le philosophe américain Alex Guerrero par exemple, expliquait : “Chaque individu d’une juridiction politique devrait disposer d’autant de pouvoir qu’aucun autre pour déterminer les actions politiques à entreprendre par cette juridiction”(7). Ce point de vue est en accord avec l’essence profondément horizontale de la démocratie. En effet, si la seule légitimité est celle du peuple, et c’est d’ailleurs bien ce que l’on retrouve dans la démocratie athénienne, c’est qu’il s’agit d’un régime horizontal plutôt que vertical.
 
Toutefois, pour des raisons pratiques et historiques, l’idée d’une démocratie où les citoyens voteraient directement leurs lois de façon similaire à Athènes est* écartée. C’est ici que l’idéal que nous venons de décrire devient irréalisable : la représentation entre en jeu.

 

 

 

 


 

* Était ? Pas d’inquiétudes, nous y reviendrons par la suite.

Village planétaire, retour sur la semaine du 31 mai au 6 juin

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Langsamkrieg (reddit)
Contrôle du véhicule“, autres bonus ici et .

Comme chaque semaine, la suite de notre ouvrage. Aujourd’hui, les politiques possèdent-ils une réelle expertise ?


Politique

 

– En bref : Suite à une motion de censure, le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy est contraint de quitter son poste. Cette motion fait suite à l’implication de son parti, le Parti populaire (PP, droite) dans ce qu’El Pais défini comme le “réseau de corruption le plus vaste de l’histoire de la démocratie espagnole” ; pots-de-vin en liquide, surfacturations d’événements politiques… (BBC) [en]. L’Union Européenne pourra désormais conclure des accords commerciaux sans l’aval des Parlements nationaux (Le Figaro) [en]. L’accès à Facebook va être suspendu pendant un mois en Papouasie-Nouv.-Guinée dans l’optique de “protéger davantage les données personnelles des citoyens” (Courrier international n°1439, p.9).

 

Le massacre de la place Tiananmen s’est déroulé il y a 29 ans. On en parlait ici (reddit)​.

 

– Serge Halimi revient pour Le Monde diplomatique sur la déroute du parti socialiste et de ses dirigeants, incapables de se remettre en question. A partir des ouvrages de François Hollande et Pierre Moscovici, Serge Halimi dresse un réquisitoire contre le double langage du parti socialiste, double langage qui l’aurait torpillé. A propos de la taxe à 75 % sur les très hauts revenus, Pierre Moscovici, qui décrit Bercy dont il était à la tête comme l’administration “la plus convaincue que la France a le plus à gagner de l’intégration européenne”, déclare : “Nous étions pressés d’enterrer cette ficelle électoraliste. (…) Autant dire que nous n’avons pas été fâchés que le Conseil constitutionnel la censure“. François Hollande, qui a envoyé dès février 2012 Emmanuel Macron en Allemagne afin de rassurer Angela Merkel sur ses intentions, déclare : “Jusque là, on se réfugiait derrière l’idée d’une ‘autre Europe’ qui satisferait aux critères du socialisme. Mais avec qui la construire ? (…) Mon expérience m’a confirmé dans cette certitude : il ne s’agit plus de rêver d’une Europe nouvelle (…). Il s’agit de savoir s’il faut partir ou rester. Il n’y a plus de demi-mesure“. Alors même que la priorité accordée à la réduction des déficits n’a “pas même [fait] débat” selon P. Moscovici, il explique avec une certaine naïveté “Je ne me souviens pas, après des décisions pourtant exceptionnellement favorables, d’un seul communiqué, d’une seule expression positive, sans réserve, de la part du Medef ou de la CGPME.  (Le Monde diplomatique).

 


Economie

 

– En bref : Après le mariage Bayer-Monsanto, Bayer annonce que “Monsanto en tant que nom d’entreprise ne sera pas maintenu​” (Le Monde)New York a dépassé la Corée du Sud dans le classement des puissances économiques (Courrier international n°1439, p.3). Microsoft achète GitHub, principale plateforme pour les développeurs travaillant en coopération, pour 7,5 milliards de dollars (Numerama). Les inscriptions pour le troisième tirage au sort d’un revenu de base sont ouvertes. Le gagnant recevra 1 000 euros par mois pendant 12 mois (Mon revenu de base). L’Union Européenne va imposer des droits de douanes sur les produits américains pour un volume d’environ 2,8 milliards d’euros, en réaction au volume de 6 milliards d’euros que les américains s’apprêtent à taxer (Les Echos).

 

Une ferme dans le désert brûle (reddit)

 

– Le bio progresse rapidement en France ; “les achats de produits bio ont doublé en cinq ans, entre 2012 et 2017, passant de 4,189 milliards d’euros à 8,373 milliards d’euros“. D’ici à 2019, les surfaces agricoles consacrées au bio devraient augmenter d’environ 40%La grande distribution (grandes et moyennes surfaces) tire son épingle du jeu, en récupérant plus de 46% des parts du marché du bio (Le Monde).

 

– Un article qui nous apprend l’existence des centrales nucléaires flottantes. Une technologie qui vise à baisser les tarifs de l’électricité dans des régions isolées. Ainsi, le réacteur russe Akademik Lomonossov est capable de produire 70 MW, soit assez pour assurer le chauffage et la consommation électrique d’une ville de plus de 200 000 habitants (Courrier international).

 


Sciences & Société

 

​- Un emploi du temps trop chargé décroît votre productivité ; trop de dates butoirs et de rendez-vous nous rendraient moins efficaces (Washington University) [en]. Les humains voient le monde en plus haute résolution que la plupart des animaux ; l’humain percevrait 4 à 7 fois plus de détails que les chiens et les chats et 100 fois plus qu’une souris ou une mouche (DukeToday) [en]. Prendre quelque chose en photo en altérerait le souvenir ; les participants n’ayant pas pris de photos se sont avérés plus performants pour se remémorer une oeuvre (BPS) [en].

 

Des lithops, autrement appelés plantes-cailloux, en Afrique du Sud (reddit)​​

 

– Une intelligence artificielle s’avère plus efficace pour détecter les mélanomes que les dermatologues. Ainsi, les dermatologues ont donné 89 % de bonnes réponses contre 95 % pour l’intelligence artificielle (France Culture).

 

– Les gifs de la semaine : deux éclairs entrent en collisionpro du rollerl’effet Magnus au Ping-Pong, le premier ministre hollandais renverse son café et passe plusieurs minutes à nettoyer, des dauphins et des écureuilspresse hydraulique vs gel balistiquecollision d’aimantsanimation sans moyen, de l’art avec des objets du quotidien (à voir), des fourmis attaquent à l’acide (à voir).

 

Température de l’univers du zéro absolu au chaud absolu- cliquez pour zoomer (reddit)

 

– ​Très bonne vidéo qui revient sur la science des penaltys ratés. Malgré quelques oublis – il est plus difficile de cadrer un tir dans la lucarne qu’au ras du poteau – on y apprend pas mal de choses intéressantes (Le Monde) [5mn].

 

– Excellent dossier du Courrier international sur le sommeil. D’après Science Alert, “il n’y a absolument aucune preuve qu’on puisse mourir de manque de sommeil“, l’être humain ayant développé des “astuces neurologiques comparables à celles de certains oiseaux et mammifères aquatiques – une capacité à mettre au repos certaines parties du cerveau pour des opérations de maintenance“. Toutefois, il n’y a toujours pas de réponses claires à la question “pourquoi les êtres vivants dorment. Il semblerait que le sommeil permette au cerveau de trier les souvenirs et de “s’entraîner“. Sur un tout autre thème, on apprend que “les insomniaques ont tendance à sous-estimer le temps réellement passé dans les bras de Morphée” tout simplement parce que “sombrer dans une inconscience complète n’est pas la seule façon de bien dormir“. Enfin, le dossier culmine avec l’infographie suivante : Dort-on mieux dans les pays riches ? Le constat semble clair, “à quelques exceptions près, c’est dans les pays où le PIB par habitant est le plus bas que l’on dort le moins” (Courrier international n°1439 p.30-37).

Internet & Blockchain

 

– En bref : Un hacker reçoit 120 000 $ de la part des développeurs de la Blockchain EOS pour avoir identifié 12 bugs dans le code. Chaque découverte de faille est récompensée à hauteur de 10 000$ (TheNextWeb) [en]. Au Brésil, on dénombre davantage d’ouvertures de comptes de tradings en cryptomonnaie que de comptes de tradings traditionnels  (Journal du Coin). Le réseau de Visa a temporairement cessé de fonctionner cette semaine, l’occasion pour certains de rappeler que “le Bitcoin n’a jamais cessé de fonctionner” – même si l’affirmation nous semble quelque peu exagérée (The Guardian & Twitter).

 

La nébuleuse Rho Ophiuchi (reddit​​​

 

– Un article intéressant pour tout ceux qui souhaiteraient travailler dans l’univers de la Blockchain. De nombreux conseils sur où et comment postuler dans le milieu (Medium) [en].

 

Charlie Lee partage le coût d’une attaque 51% d’une heure sur plusieurs crypto (twitter).

 

 

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L’expertise du politique.

 

Penser que l’on peut compter sur des technocrates internationaux pour résoudre des problèmes d’essence politique n’est pas simplement un non-sens, c’est un danger. Car ces technocrates peuvent refléter les intérêts de groupes particuliers.
Joseph Stiglitz, Making Globlization Work(1)

Dans une démocratie, l’un des domaines d’expertise fondamental du politique, ce qui lui permet d’atteindre le pouvoir, c’est la rhétorique. C’est réussir à convaincre les gens qu’ils ont besoin de lui. C’est celui qui, comme le dit Platon : “n’y [connaissant] rien, convaincra mieux que le connaisseur s’il s’adresse à des gens qui n’en connaissent pas plus que lui”(2). Dans Gorgias, Platon résume l’absurdité de l’homme politique :

Quand on réunit les citoyens pour sélectionner des médecins, des constructeurs de navires, ou toute autre profession, a t-on jamais prié l’orateur de donner son avis ? Non, car il est évident qu’il faut, dans chaque cas, choisir le meilleur spécialiste. De même, s’il s’agit de construire des murailles, d’aménager des ports et des arsenaux, ce n’est pas non plus aux orateurs, mais bien aux architectes, de donner des conseils. Et pour le choix des généraux, l’ordre des lignes de combat et la résolution d’occuper une place forte, eh bien, ce seront alors les stratèges qui donneront leur avis, et non les orateurs.(3)

Ainsi, si ce problème n’est pas vieux comme le monde, il semble tout du moins être vieux comme la démocratie.

À travers l’élection, le gouvernant cherche l’adhésion de l’auditeur à son discours davantage que la vérité. Gouverné par l’attrait du pouvoir, son but premier est d’être élu, et non le Vrai. Or, Arthur Schopenhauer a montré en 1864 dans L’art d’avoir toujours raison avec quelle facilité on pouvait faire en sorte que “le vrai paraisse faux, et le faux vrai“. Tout en reconnaissant qu’ “en règle générale, celui qui s’engage dans une controverse se bat, non pour la vérité, mais pour sa proposition, comme si c’était ‘pro ara et focis’ (pour son autel et son foyer)”, il proposait trente-huit stratagèmes permettant de gagner l’adhésion du spectateur “per fas et nefas” (qu’on ait raison ou tort)(4). Lorsqu’il s’agit de convaincre un public de voter pour soi, la démagogie, les promesses impossibles, et toutes autres formes de manipulation sont des armes très efficaces. On ne compte plus les promesses non tenues, les coups bas entre politiques. Face à l’ensemble d’une classe politique usant de ces moyens, il semble logique que le désaveu des citoyens s’exprime par l’abstention ou l’affaiblissement des partis historiques. Ce n’est pas l’intérêt pour la politique qui est remis en question, mais la confiance dans les hommes politiques. Tous sont considérés comme corrompus, souvent à juste titre.

Mais si le politique n’est expert en aucun domaine, pourquoi son avis compte plus ou tout autant que celui du spécialiste ? Tout simplement parce qu’il détient le pouvoir décisionnel. Fin 2013, des enfants étaient interrogés sur France Inter : “À quoi ça sert les élections ? Bah… À élire des députés… Et à quoi ça sert les députés ? Bah… À préparer les élections”. Jacques Testard, qui reprend cette anecdote dans son livre L’humanitude au pouvoir, commente judicieusement : “Comment dire mieux que le système s’auto-entretient, s’auto-justifie, et que le politique en meurt ?”(5). L’analyse est d’une justesse implacable.

L’existence même de Sciences Po Paris témoigne de ce système qui s’auto-entretient. En France, c’est cette école qui forme traditionnellement les politiques. Une grande partie de nos élites (politiques, économiques, et même journalistiques) en est issue. Un passage de Quelques idées sur la création d’une faculté libre d’enseignement supérieur d’Émile Boutmy, fondateur en 1872 de ce qui deviendra Sciences-Po Paris, éclaire la raison de sa fondation :

Contraintes de subir le droit du plus nombreux, les classes qui se nomment elles-mêmes les classes élevées ne peuvent conserver leur hégémonie politique qu’en invoquant le droit du plus capable. Il faut que, derrière l’enceinte croulante de leurs prérogatives et de la tradition, le flot de la démocratie se heurte à un second rempart [sic] fait de mérites éclatants et utiles, de supériorités dont le prestige s’impose, de capacités dont on ne puisse pas se priver sans folie(6).

Dit autrement, l’école a été créée afin de perpétuer, voire même renforcer l’ordre établi*.

Si Sciences Po constitue une spécificité française, ce problème n’est pas circonscrit à la France. Il tient davantage de la nature de nos régimes qu’à l’existence d’établissements d’excellence. Souvent considéré comme l’un des pères fondateurs des Etats-Unis, Thomas Jefferson lui-même aspire à une “aristocratie naturelle” où la “vertu et le talent” remplaceraient “la fortune et la naissance” d’une “aristocratie artificielle**. A l’époque, la démocratie n’a tout simplement pas le vent en poupe. Or, si le vocabulaire a changé, ce n’est pas le cas du fonctionnement de nos régimes. C’est pourquoi le problème n’est pas que des établissements produisent des hommes politiques ambitieux. Le problème, c’est que nos démocraties représentatives contemporaines rendent nécessaires de tels hommes, des experts en rhétorique, en démagogie, afin de nous gouverner. La raison de nos soucis est le fait de s’en remettre à une personne, peu importe qui elle est, pour décider. Simone Weil ne dira pas autre chose ;

La seconde condition [pour pouvoir appliquer la notion de volonté générale] est que le peuple ait à exprimer son vouloir à l’égard des problèmes de la vie publique, et non pas à faire seulement un choix de personnes […] car la volonté générale est sans aucune relation avec un tel choix(7).

La raison en est simple : il est impossible d’être un expert en prises de décisions.

La caractéristique principale de l’expertise c’est qu’elle concerne un domaine extrêmement restreint, et qu’elle ne s’applique donc pas à des décisions dans des domaines variés. Mais ce n’est pas l’unique problème des “décideurs”. Non seulement, il leur arrive de se tromper, mais surtout, ils ignorent à quel point ils se trompent. Habitués à leur statut d’experts, ils sous-estiment l’ampleur de leurs erreurs, même lorsqu’ils discutent d’un sujet éloigné de leur domaine de prédilection. C’est la raison pour laquelle : “les gens qui réussissent appartiennent quasi universellement à un type d’individus – le type de personnes qui n’abandonnent pas”(8). Ceci est d’autant plus vrai en politique, où ils sont davantage contre-productifs qu’ailleurs. Il serait naïf de croire que nos politiques acquièrent du jour au lendemain de nouvelles compétences dans le bal incessant des députés et des postes ministériels. Roselyne Bachelot n’est pas devenue du jour au lendemain successivement une spécialiste de l’écologie, de la santé et des sports, puis de la cohésion sociale…

Dans le même temps, la profusion d’informations disponibles augmente la prise de conscience d’un décalage entre ce que les décideurs – notamment politiques – font, et ce que le bien commun exige. Cette évolution due à un accès toujours plus grand à l’information n’est à terme pas compatible avec le modèle représentatif. En effet, l’écart entre l’intérêt général et les décisions des représentants ne peut qu’être de plus en plus visible à mesure que le temps passe. La raison en est simple : les hommes politiques doivent prendre des décisions conformément à de nombreux facteurs autres que l’intérêt général, ces facteurs étant inhérents au jeu politique.

En réalité, les politiques ont des experts toujours plus nombreux qui les conseillent, conseils à partir desquels ils essayeront de prendre une décision conforme à la ligne de leur parti, à leur ambition, et tout autre élément déterminant dans le choix d’une solution. En conséquence, la décision ne résultera souvent pas uniquement de ce que l’intérêt commun exige, mais sera davantage à mi-chemin entre l’expertise, les intérêts des lobbyistes quels qu’ils soient, et enfin les intérêts du politique en question. C’est la conjonction de ces facteurs qui explique les propos de James Surowiecki dans son livre The Wisdom of Crowds :

Beaucoup de ce que nous avons vu jusqu’ici suggère qu’un large groupe d’individus différents proposera des prévisions meilleures et plus robustes, ainsi que des décisions plus intelligentes que le meilleur des ’preneurs de décisions’(9).

Dans tous les cas, force est de constater que malgré l’avènement de l’ère collaborative, la politique n’a majoritairement pas évolué.

 

 

 

 


 

* Depuis, la situation s’est effectivement améliorée suite à l’ordonnance n° 45-2283 du 9 Octobre 1945 commandée par Charles de Gaulle. Une réforme fut mise en œuvre afin de transformer Sciences-Po Paris d’une société privée en un établissement public, et des Instituts d’Études Politiques (IEPs) de province, publics, ont essaimé à travers la France. Toutefois, la nécessité même de cette ordonnance, qui vise notamment à promouvoir davantage l’esprit critique au sein de l’école, s’explique par l’aisance avec laquelle les élites françaises s’étaient rangées derrière le régime de Vichy. De Gaulle entend alors mettre fin à cette situation, notamment grâce à cette ordonnance et par la création de nombreux IEPs de province devant contester l’hégémonie parisienne.

** Richard D. Kahlenberg explique dans un excellent article le rôle des critères de sélections héréditaire, en vigueur aux Etats-Unis dans “les trois quarts des cent universités américaines les mieux cotées, publiques et privées” et “les cent meilleures écoles d’arts libéraux du pays“. Depuis un siècle, le droit de succession universitaire aux Etats-Unis favorise les enfants d’anciens élèves et induit une forme d’aristocratie. Si il commence à être remis en question en 2018 – assez logiquement puisque les trois quarts des américains y sont défavorables, 29 % des nouveaux étudiants de première année à Harvard ont “un parent qui a lui même fait ses études à Harvard“. D’après Daniel Golden, “dans les universités sélectives, les enfants d’anciens élèves représentent généralement de 10 à 25 % de la population étudiante. Le fait que ces proportions varient peu d’une année à l’autre suggère qu’il existe un système informel de quotas internes“. Un pourcentage assez élevé dans le mesure où “plus de la moitié des grands patrons et environ 40 % des responsables gouvernementaux ont fait leurs études dans l’une des douze universités les plus cotées“. Ce coup de pouce est non-négligeable. Une étude de Princeton démontrait que dans dix des meilleurs établissements du pays, “qu’être un « fils de » équivaut à un bonus de 160 points (sur un total de 1 600 points possibles) au test d’aptitude scolaire (scholastic assessment test, SAT), l’épreuve standard à laquelle doivent se soumettre la plupart des postulants à une université américaine“. Une autre étude avait montré en 2011 dans 30 des meilleurs établissements du pays, qu'”à qualifications égales, les enfants d’anciens élèves avaient des chances d’admission supérieures de 45 points à celles des candidats non héritiers“. Ce que Richard D. Kahlenberg reformulait de la façon suivante : “un étudiant qui aurait 40 % de chances d’être admis sur la base de ses mérites et de son profil (résultats au SAT, qualités sportives, genre, etc.) voit celles-ci grimper à 85 % en cas d’hérédité favorable.

L’essayiste Michael Lind résumait assez clairement la situation : “En réservant des places d’office aux membres de la pseudo-aristocratie ‘de fortune et de naissance’, le droit de succession universitaire a introduit le serpent aristocratique dans le jardin d’Éden de la république démocratique“.

D’après Le Monde diplomatique, Comment papa m’a fait entrer à Harvard, juin 2018, p.10. Voir : https://www.monde-diplomatique.fr/2018/06/KAHLENBERG/58772, consulté le 14 juin 2018.